jeudi 7 juin 2012

Clichés made in China




On compare souvent la Chine et l'Inde, en disant que ce sont les géants de demain. En planifiant un séjour en Chine après être allée en Inde, j'avais certaines idées préconçues en tête et je m'étais préparée mentalement à un voyage éprouvant : saleté, écart de richesse gênant, infrastructures chaotiques, je m'attendais à visiter un pays pauvre.

Je m'y attendais d'autant plus que l'on a tendance à résumer la Chine à des stéréotypes : une population exploitée criant misère, un manque d'hygiène catastrophique, une pollution terrible - je m'attendais au pire, notamment à l'expérience traumatisante de toilettes collectives répugnantes !!! J'étais aussi imprégnée, il faut bien le dire, d'un certain dédain face à un pays réputé pour la qualité dérisoire de sa production industrielle et la compétence tyrannique de son régime - un pays en retard, en somme.

Eh bien je dois dire que ma morgue occidentale inconsciente (je suis tout de même assez ouverte comme fille, la preuve, j'avais très envie de le découvrir, ce pays...) en a pris un sacré coup. Certes, je n'ai pas visité les campagnes... mais en ce qui concerne le visage urbain de la Chine, je peux dire que c'est celui du futur. Si par bien des aspects, l'Inde paraît encore ancrée dans un passé fait de mythes et de traditions ancestrales, la Chine c'est bien le troisième millénaire.

Pas de doute, nous allons nous faire croquer tout crus par le grand géant jaune. On n'arrête pas de le dire, c'est maintenant un cliché - mais alors il serait peut-être qu'on arrête de faire les malins et se croire éternellement les meilleurs, tout de même, hein.

C'est simple - j'ai été éblouie par l'audace des joyaux architecturaux de Shanghai et Pékin, j'ai été transportée à 430 km/heure par le MagLev déservant l'aéroport de Pudong, je me suis sentie perdue face au réseau tentaculaire des routes à étages de Shanghai (comme à Tokyo !), je me suis mirée dans le sol étincelant de sa nouvelle gare, j'ai dégusté des raviolis préparés avec un soin chirurgical par des cuistots masqués tout de blanc vêtu, je me suis assise sur les sièges recouverts d'une dentelle immaculée d'un taxi de Pékin, j'ai admiré la perfection du service à bord d'une compagnie aérienne domestique en allant à Xi'An.

J'ai aussi découvert avec surprise la récurrence de l'argument environnemental dans la communication publicitaire, aperçu les messages de sensibilisation à l'utilisation raisonnable de l'eau dans les toilettes publiques - et je me suis fait quelques frayeurs à vélo en n'entendant pas arriver des escadrons de scooters électriques silencieux.

Enfin, j'ai été surprise de ne surprendre personne. En Inde, on a la claire et constante impression d'être une bête de foire, considérée avec une curiosité infinie, bienveillante mais inquisitrice des gens de la rue. En Chine, c'est simple, tout le monde se moque bien que vous soyez là. Personne ne vous voit, et chacun vaque à ses occupations en marchant d'un pas pressé. Les filles incroyablement menues et graciles sont tirées à quatre épingles, apprêtées comme pour une grande occasion et juchées sur des talons vertigineux pour prendre le métro ou visiter un site. Une chose est certaine : la soif de consommation de cette population urbaine est gargantuesque. A Hangzhou (ville à 200km de Shanghai dont je n'avais jamais entendu parler mais qui comprend près de 9 millions d'âmes), je me suis sentie pouilleuse après une journée de canicule moite en longeant une avenue énumérant toutes les concessions de marques automobiles de luxe : Aston Martin, Ferrari, Porsche, Jaguar, Mercedes, le déballage de courbes chromées était sans fin.

L'Opéra de Pékin

Rien n'arrête le Maglev (de Magnetic Levitation), le train ultra rapide de Shanghai - surtout pas un malheureux oiseau égaré.

Quelque part à Shanghai

L'une des gares de Shanghai (j'ai eu honte de la gare de l'Est)

Préparation de raviolis dans une cuisine vitrée donnant sur la rue, à Pékin (à se demander s'il faut vraiment prendre autant de précautions alimentaires qu'on le conseille...)

Nettoyage à la brosse à dent du sol de la place Tian'anmen


Nuits pleines de néon de Xi'An - rien à envier aux nuits tokyoïtes...


Terrasses à l'occidentale du quartier branchouille de Xitiandi à Shanghai


Déluges publicitaires omniprésents dans les rues de Shanghai

Des filles à la pointe de la fashion...

Attention, le total look est de rigueur

... et les talons aiguilles aussi.
Ceci étant dit, le plus bluffant n'est pas seulement cette ascension à vitesse grand V. C'est aussi de se dire que la Chine est l'une des plus anciennes civilisations au monde - et la richesse de son patrimoine rend très, très humble.

Je trouve assez indécent de résumer la Chine à sa suprématie sur le terrain de la contrefaçon et à des talents plus ou moins discutables de copieur industriel. Il ne faudrait tout de même pas oublier que la Chine a inventé les allumettes, le compas, la brouette, le harnais, l'horlogerie, la ferronnerie, l'acier, le papier, l'imprimerie, l'argent papier, la poudre à canon, le gouvernail... Et ces découvertes, l'Occident les as intégrées sans problème et sans scrupules il y a de cela quelques siècles. Par exemple, l'essor de la porcelaine de Limoges est directement imputable à l'espionnage industriel d'un missionnaire français séjournant dans l'Empire du Milieu...

Aujourd'hui, la Chine emprunte beaucoup aux cerveaux de l'Occident. Mais qui dit que demain, le pays ne deviendra pas une référence de la technologie de pointe ? Dans les années 1960, le Japon était considéré avec dédain comme un producteur de pacotille. Aujourd'hui, Uniqlo se permet de célébrer la qualité à la japonaise... Qui dit qu'un tel phénomène ne se produira pas pour la Chine ? On ne prendrait pas beaucoup de risques à parier.

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